Dan Brown : victime de la confusion ambiante Le phénomène Dan Brown est remarquable a plus d'un titre. Tout d'abord, par le succès de son « Da Vinci Code » et par la vague de romans ésotérico-policiers qu'il a relancé, caractérisés par une écriture simple, une intrigue linéaire habilement camouflée derrière une narration caléidoscopique, des chapitres calibrés à la ligne près et un argument historico-ésotérico-mystico-complotiste généralement de piètre qualité. Ce mouvement a conduit à une véritable « danbrownisation » de la littérature policière et d'intrigue. Mais le phénomène Dan Brown est surtout remarquable par la polémique qui s'est immédiatement créée sur la prétention de l'auteur à fonder sa fiction sur des « faits avérés » qui ne l'étaient pas. Souvenez-vous, rapides furent les critiques à fondre sur le livre en se déclarant estomaquées par la prétention à la vérité de l'ouvrage explicitement déclarée par l'auteur sous la forme d'un avertissement avant le texte du roman lui-même, alors que les soi-disant arguments factuels relevait du plus merveilleux canular. Sans vouloir y revenir trop longuement, cette « affaire Dan Brown », dont les tenants et aboutissants sont assez peu intéressants, tout comme le roman lui-même d'ailleurs, illustre à merveille la confusion contemporaine sur les liens entre réalité et fiction et sur le statut de l'œuvre de fiction ou d'imagination, par rapport à ce fameux « réel ». Nous avons en effet assisté à un débat stupéfiant, sur la « démarche » (ah la démarche, maître-étalon de la valeur de l'art contemporain, lorsque l'œuvre discutée est dénuée de tout contenu) de Dan Brown et son droit à vouloir fonder son intrigue sur de vrais faux faits « réels ». Dan Brown fut, tour à tour, accusé d'être un menteur, un falsificateur et un arnaqueur. On assista, à de mémorables élucubrations sur les réelles ou fausses intentions de l'auteur et sur le fait de savoir si l'on devait lire ou pas ce livre, en oubliant une évidence : nous parlons d'un roman, soit d'une œuvre de fiction, d'imagination ; c'est-à-dire, par nature, d'un mensonge, d'un accommodement avec la réalité. Il n'est venu à l'idée de personne d'imaginer que tout cela pouvait n'être qu'un procédé fictionnel délibéré de l'auteur ou une « manipulation », peut-être maladroite, participant de la narration elle-même. Et somme toute, quelle importance ? En quoi cela est-il indispensable de savoir si ce roman se fonde sur une supercherie délibérément construite ou subite par l'auteur ? Non, nous avons assisté à l'un de ces « débats » affligeants, dont notre époque a le secret, celui dans lequel les prémisses de base sont erronées et dont les enjeux ne sont les bons.Sans doute ce serait-on épargné cet accablant spectacle, si Dan Brown avait placé en exergue de son roman un avertissement semblable à celui que l'on trouve dans les premières pages de « American Gods » de Neil Gaiman, et qui reste, l'une des illustrations les plus brillantes et les plus drôles du statut de la fiction par rapport à la réalité : « Avertissement à l'usage des voyageurs Ceci est une œuvre de fiction, pas un guide touristique. Si la géographie des Etats-Unis d'Amérique évoquée dans ce récit n'est pas totalement imaginaire - bon nombre des sites mentionnés peuvent être visités, les routes empruntées, les itinéraires cartographiés -, j'ai pris des libertés. Moins qu'on pourrait l'imaginer, mais des libertés cependant. Je n'ai demandé à personne la permission d'utiliser les noms de lieux réels. Les propriétaires de Rock City ou de la Maison sur le Rocher et les chasseurs qui possèdent le motel au centre de l'Amérique seront sans doute les premiers surpris de découvrir leurs établissements en ces pages. J'ai délibérément brouillé les pistes quant à certains endroits : la ville de Lakeside, par exemple, et la ferme plantée d'un frêne, au sud de Blacksburg. Cherchez-les si ça vous amuse. Vous avez des chances de les trouver.Enfin, il va sans dire que tous les personnages morts ou vivants (ou les deux) de cette histoire sont imaginaires ou utilisés dans un contexte imaginaire. Seuls les dieux sont réels. » STC 4 août 2007
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